Hériter d’un bien immobilier marque souvent un moment chargé d’émotions. Entre le deuil, les démarches administratives et les décisions à prendre, une obligation légale s’impose : faire estimer professionnellement la propriété. Cette étape n’est pas une simple formalité. Elle protège à la fois les héritiers et l’administration fiscale.
En Suisse romande, environ 40 % des propriétaires possèdent un bien en PPE (propriété par étages). Chaque année, des milliers de successions concernent des appartements, maisons ou immeubles dont la valeur médiane atteint 950’000 CHF. Une estimation erronée peut entraîner des conséquences fiscales lourdes et créer des tensions familiales durables.
Vous venez d’hériter ou vous préparez une transmission patrimoniale ? Nous vous expliquons les exigences légales cantonales, les risques d’une évaluation approximative et les étapes pour obtenir une expertise conforme aux normes suisses.
Pourquoi l’administration fiscale exige-t-elle une estimation officielle
La loi suisse impose une évaluation précise de tout bien immobilier transmis par succession. Cette obligation répond à plusieurs objectifs fiscaux et juridiques que les cantons appliquent avec rigueur.
Les raisons légales de cette exigence :
- Calcul des droits de succession : chaque canton fixe ses propres taux d’imposition selon le lien de parenté et la valeur du patrimoine transmis
- Détermination de la réserve héréditaire : la valeur exacte permet de respecter les parts minimales garanties par la loi à certains héritiers
- Base pour le partage : l’estimation officielle sert de référence objective lors du partage entre cohéritiers ou du rachat de parts
- Déclaration fiscale : les héritiers doivent intégrer le bien dans leur déclaration d’impôt sur la fortune dès la réception
Dans le canton de Vaud, par exemple, l’administration fiscale accepte uniquement les expertises réalisées par des professionnels certifiés. Le fisc cantonal vérifie systématiquement que la valeur déclarée correspond aux prix du marché. Une sous-évaluation volontaire expose les héritiers à un redressement fiscal avec pénalités.
Le prix moyen au mètre carré en Suisse atteint 9’224 CHF, avec des variations importantes selon les régions. Une erreur de quelques centaines de francs par mètre carré peut représenter des dizaines de milliers de francs sur la valeur totale.
Conseil pratique : contactez un expert certifié dès l’ouverture de la succession. Les délais pour déposer la déclaration fiscale sont stricts, généralement entre 3 et 6 mois selon les cantons. Anticiper cette démarche vous évite le stress des derniers jours.
Quelles différences entre les exigences cantonales
Chaque canton applique ses propres règles en matière d’estimation successorale. Ces différences concernent les méthodes d’évaluation acceptées, les professionnels habilités et les taux d’imposition sur les héritages.
Les spécificités cantonales à connaître :
- Canton de Vaud : privilégie la méthode hédoniste avec analyse comparative des transactions récentes, accepte les experts titulaires du brevet fédéral
- Canton de Genève : exige une expertise détaillée incluant les plans cadastraux et l’état locatif pour les immeubles de rendement
- Canton de Fribourg : applique des taux de succession progressifs jusqu’à 30 % pour les héritiers éloignés, rend l’estimation précise encore plus cruciale
- Canton du Valais : demande une visite sur place obligatoire avec rapport photographique pour tous les biens dépassant 500’000 CHF
- Canton de Neuchâtel : impose une double signature sur le rapport d’expertise pour les patrimoines supérieurs à 1 million CHF
Les droits de succession varient considérablement. Entre conjoints et descendants directs, plusieurs cantons appliquent une exonération totale ou des taux très réduits. Pour les neveux, nièces ou amis, les taux peuvent atteindre 50 % de la valeur héritée dans certaines régions.
La Suisse compte 1,79 million de bâtiments à usage d’habitation. Parmi eux, 66,8 % sont détenus par des particuliers. Cette proportion élevée explique pourquoi les successions immobilières représentent un enjeu majeur pour de nombreuses familles romandes.
Conseil pratique : renseignez-vous auprès de l’administration cantonale compétente avant de mandater un expert. Certains cantons fournissent une liste officielle de professionnels agréés. Cette précaution garantit que votre rapport sera accepté sans contestation.

Quels risques encourez-vous avec une estimation approximative
Tenter d’économiser sur l’expertise professionnelle ou se fier à une évaluation en ligne gratuite expose les héritiers à des conséquences financières et juridiques sérieuses.
Les erreurs fréquentes et leurs impacts :
- Sous-évaluation du bien : le fisc cantonal redresse la déclaration avec application de pénalités pouvant atteindre 30 % de la différence constatée, plus des intérêts de retard
- Surévaluation involontaire : les héritiers paient des droits de succession trop élevés sans possibilité de remboursement une fois la déclaration acceptée
- Conflit entre cohéritiers : une estimation contestée bloque le partage et génère des frais d’avocat importants pour résoudre le litige
- Impossibilité de vendre rapidement : un prix fixé sur une base erronée fait fuir les acheteurs potentiels ou entraîne une perte financière
- Problème avec les créanciers : si la succession comporte des dettes, une valeur imprécise complique le règlement avec les établissements bancaires
Un exemple concret : trois frères héritent d’une maison familiale à Lausanne. Ils la font estimer à 800’000 CHF par un ami agent immobilier, sans rapport officiel. L’administration fiscale vaudoise conteste cette valeur et impose une expertise contradictoire à 1’100’000 CHF. Résultat : un redressement fiscal de 45’000 CHF, des intérêts de retard de 8’000 CHF et des tensions familiales qui durent plusieurs années.
Les modèles d’estimation professionnels comme CIFI intègrent environ 80 % des ventes réalisées en Suisse dans leurs calculs. Ces bases de données actualisées trimestriellement garantissent une valorisation conforme au marché réel, pas à des impressions subjectives.
Conseil pratique : conservez précieusement tous les documents de l’expertise : rapport complet, photos, plans, calculs détaillés. Ces pièces vous protègent en cas de contrôle fiscal ou de contestation ultérieure. Certains héritiers les gardent pendant 10 ans par précaution.
Comment se déroule une estimation professionnelle pour succession
Faire appel à un expert certifié pour l’estimation successorale suit un processus structuré qui garantit la conformité légale et la précision de l’évaluation.
Les étapes d’une expertise conforme :
- Prise de contact initiale : vous expliquez la situation successorale et transmettez les documents de base comme l’acte de propriété et le registre foncier
- Collecte des documents : l’expert récupère les plans cadastraux, les factures de travaux récents, les baux de location éventuels et l’état des charges
- Visite sur place : le professionnel inspecte minutieusement le bien, mesure les surfaces, photographie chaque pièce et relève l’état général
- Analyse comparative : il consulte les transactions immobilières récentes dans le secteur pour établir le prix du marché
- Application des méthodes reconnues : selon le type de bien, il utilise la méthode hédoniste, la valeur intrinsèque ou la valeur de rendement
- Rédaction du rapport : le document final détaille tous les éléments pris en compte et justifie la valorisation retenue
- Remise officielle : vous recevez l’expertise sous 5 à 10 jours ouvrables, prête à joindre à votre déclaration fiscale
Le coût d’une estimation professionnelle varie selon la complexité du bien. Comptez entre 1’000 CHF et 3’000 CHF pour un appartement ou une maison individuelle. Pour un immeuble de rendement, le tarif peut atteindre 5’000 CHF en raison de l’analyse financière approfondie nécessaire.
Depuis 2014, les prix des maisons individuelles ont augmenté en moyenne de 3,6 % par an en Suisse. Les appartements en propriété ont progressé de 2,7 % annuellement. Ces tendances confirment l’importance d’une évaluation actualisée, pas d’une simple reprise de la valeur fiscale officielle qui peut dater de plusieurs années.
La Banque nationale suisse a abaissé son taux directeur à quatre reprises en 2024, passant de 1,75 % à 0,50 %. Cette politique monétaire a stimulé la demande de logements en propriété avec une augmentation de 15 % des recherches de biens. Ces évolutions du marché rendent une expertise récente indispensable.
Conseil pratique : privilégiez un expert membre de la Chambre suisse des Experts en estimations immobilières (CEI). Cette appartenance garantit le respect d’une éthique professionnelle stricte et une formation continue obligatoire. Les établissements bancaires et les administrations fiscales font particulièrement confiance à ces professionnels.

FAQ
Les réponses à vos questions les plus fréquentes
Peut-on utiliser la valeur fiscale officielle pour la déclaration de succession ?
Non, la valeur fiscale officielle ne suffit généralement pas. Cette estimation administrative se base sur des critères standardisés qui ne reflètent pas toujours le marché réel. La plupart des cantons exigent une expertise actualisée réalisée par un professionnel indépendant. La valeur fiscale peut servir d’indication, mais elle ne remplace pas le rapport détaillé obligatoire pour les successions.
Qui paie les frais d’estimation lors d’une succession immobilière ?
Les frais d’expertise font partie des charges de la succession. Ils sont donc prélevés sur l’actif successoral avant le partage entre héritiers. Si un héritier unique rachète les parts des autres, il assume généralement ce coût dans le cadre de la transaction globale. Dans tous les cas, ces dépenses restent déductibles fiscalement comme frais d’obtention du patrimoine.
Combien de temps reste valable une estimation pour succession ?
Une expertise immobilière pour succession reste valable entre 3 et 6 mois selon les cantons. Au-delà, l’administration fiscale peut exiger une actualisation si le marché a évolué significativement. Pour les successions complexes avec plusieurs biens ou des litiges entre héritiers, prévoyez de faire réaliser l’estimation le plus près possible de la date de décès pour éviter toute contestation sur l’évolution des valeurs.
Un héritier peut-il contester l’estimation retenue par les autres ?
Oui, tout héritier dispose du droit de contester une estimation qu’il juge incorrecte. Dans ce cas, il peut demander une contre-expertise à ses frais. Si les deux rapports divergent significativement, les parties nomment souvent un expert judiciaire qui tranche de manière définitive. Cette procédure allonge les délais de partage et génère des coûts supplémentaires, d’où l’importance de choisir dès le départ un professionnel reconnu par tous.
Vous devez faire estimer un bien immobilier dans le cadre d’une succession en Suisse romande ?



